JEAN-DRAPEAU
Architecte
Jean Dumontier (Ville de Montréal)
Artistes
- Jean Dumontier
- João Charters de Almeida (voir Faits divers)
Mise en service
28 avril 1967
Art et architecture
Créée pour desservir la Terre des Hommes d’Expo 67, cette station était appelée à accommoder les énormes foules qu’allait attirer l’exposition universelle. Ainsi, elle a été conçue pour accueillir et favoriser la circulation fluide de très nombreux passagers en même temps. Bien que la station soit aujourd’hui l’une des moins achalandées sur toute l’année, son aménagement retient toute son utilité quand vient l’heure de canaliser les importants flots ponctuels de passagers générés par les festivals et autres événements au parc Jean-Drapeau.
La station peu profonde a été construite en tranchée et se développe sur deux niveaux. La salle de contrôle est située au rez-de-chaussée à même le vaste édicule, qui admet les passagers par de longues rangées de portes situées sur les côtés nord-est et sud-ouest. Les deux autres côtés sont bien fenêtrés afin de permettre une pénétration abondante de lumière naturelle; les baies vitrées continues suivent la ligne du toit.
L’édicule de plan carré prend la forme d’un trapèze renversé entre deux trapèzes à l’endroit. Les murs inclinés des trapèzes extérieurs sont situés au-dessus des escaliers vers les quais, et suivent ainsi l’angle des escaliers. Les pentes du trapèze central forment des portiques profonds qui protègent les deux entrées aux faces opposées de l’édicule. Tant les pentes au-dessus des entrées que celles au-dessus des escaliers suggèrent aussi des entonnoirs, ce qui produit un effet visuel d’efficience et d’accueil.
L’intérieur de l’édicule est dépourvu de colonnes, afin de fournir un vaste espace ininterrompu pour la salle de contrôle. Quatre escaliers courts et larges aux quatre coins de l’édicule relient la salle de contrôle et les quais. Chacun des escaliers est divisé en quatre voies par des murets en béton, afin d’assurer la fluidité de la circulation.
Également dans le but d’accommoder les grands flux de passagers, le centre de chaque quai a été doté d’une aire d’attente large et profonde. Cet aménagement est unique dans le réseau. Toutefois, au cours des années 2010, le fond des deux salles d’attente a été enfermé pour accueillir des installations techniques.
Quant au décor, la majorité de la station est revêtue de béton brut, un choix inhabituel dans le réseau initial; ainsi l’architecte Jean Dumontier semble avoir anticipé le style brutaliste des prolongements des années 1970, ici comme à Longueuil–Université-de-Sherbrooke et, quelques années plus tard, à l’accès est de Sherbrooke. Au niveau des quais, le béton est cannelé et décoré de bandes verticales irrégulières en bas-relief, peintes en jaune. Une main courante en acier inoxydable longe chaque quai. Les murs de partition au fond des salles d’attente, plus récents, détonnent un peu avec leur revêtement de mosaïque glacée de couleur rouge-orange.
L’apport artistique de la station est constitué de quatre formes humaines en bas-relief, également peintes en jaune; elles ont été créées par l’architecte de la station, qui anticipait ainsi encore une fois une pratique future en produisant lui-même des œuvres pour sa station. Les figures représentent le personnage mythologique d’Atlas, le Titan condamné à porter sur ses épaules la voûte céleste; ici, elles soutiennent le plafond des quais. Cette allusion classique reflète le thème humaniste d’Expo 67.
Accessibilité
Cette station est pourvue de deux ascenseurs : un ascenseur relie chacun des quais à la zone contrôlée du rez-de-chaussée. Les escaliers sont entrés en service le 22 novembre 2019.
Toutefois, la station n’est pas véritablement accessible en fauteuil roulant, puisqu’aucune autre station de la ligne jaune n’est accessible; ainsi, des passagers ayant besoin d’ascenseurs, une fois montés à bord d’un train, ne pourraient débarquer nulle part. Pour cette raison, elle n’est pas indiquée parmi les stations accessibles sur les plans de la STM. Actuellement, des ascenseurs vers la ligne jaune sont en construction à la station Berri-UQAM (voir cette station pour plus de détails).
Historique et faits divers
Longueur d’interstations
Vers Jean-Drapeau : 2362,10 mètres
Interstation la plus longue du réseau
Vers Longueuil–Université-de-Sherbrooke : 1572,10 mètres
Origine du nom
Parc Jean-Drapeau. Jean Drapeau (1916-1999), maire de Montréal 1954-7 et 1960-86, a piloté plusieurs des événements charnières de l’histoire de la ville au XXe siècle, dont l’inauguration de la Place des Arts; Expo 67 et les Jeux olympiques de 1976; l’annexion des municipalités de Rivière-des-Prairies, Saraguay, Ville Saint-Michel et Pointe-aux-Trembles; et, bien sûr, la construction du métro. Son service fut terni par des accusations d’extravagance budgétaire lors d’Expo et des Olympiques, ainsi que d’autocratie dans la destruction de projets d’art public et l’expulsion à main armée de la communauté gaie du centre-ville en amont des Jeux olympiques, mais il n’en demeure pas moins l’un des maires les plus marquants de l’histoire de Montréal. Suite à son décès, le parc des Îles, site d’Expo 67, fut renommé parc Jean-Drapeau en son honneur en 2000, et la station fut renommée en conséquence.
Jean Drapeau
(Source1)
Anciennement : Île-Sainte-Hélène (jusqu’au 10 mai 2001). L’île Sainte-Hélène a été nommée ainsi en 1611 par Samuel de Champlain en honneur de son épouse Hélène de Champlain, née Boullé. Propriétaires de l’île de 1665 à 1818, la famille Le Moyne de Longueuil le vend ensuite au gouvernement britannique. Ce dernier s’en sert pour y aménager un fort et d’autres équipements militaires suite à la guerre britanno-américaine de 1812. Acquise par le gouvernement canadien en 1870, elle est convertie en parc public en 1874 et la ville de Montréal en devient propriétaire en 1908. En prévision d’Expo 67, d’énormes travaux de remblayage (à partir notamment des déblais de la construction du métro) ont doublé sa superficie en la faisant englober quelques îles avoisinantes; l’île Notre-Dame, pour sa part, fut construite de presque rien.
L’île Sainte-Hélène (haut) et l’île Notre-Dame (bas) durant Expo 67
(Source2)
Faits divers
- Les plans d’origine prévoyaient des bassins d’eau décoratifs aux quatre coins extérieurs de l’édicule; chaque bassin devait contenir une sculpture représentant l’un des quatre meubles floraux des armoiries de la ville de Montréal de l’époque.3, 4 On prévoyait également une sculpture mobile dans la salle de contrôle et une statue sur chacun des quais.5 On ignore pourquoi ces éléments n’ont jamais été complétés.
- Le point le plus profond du métro se trouve entre cette station et Berri-UQAM. Sous la rue Bonsecours, les voies de la ligne jaune reposent à 55 mètres sous le niveau du sol.6
- La Terre des Hommes devait à l’origine être desservie par une deuxième station de métro, Île-Notre-Dame, située sur l’île homonyme. En plus de son utilisation durant Expo, la station devait desservir des développements résidentiels subséquents projetés sur l’île.7 Le projet de la station a finalement été abandonné à cause de difficultés techniques, notamment le besoin de faire descendre le tunnel abruptement afin de passer sous la voie maritime du Saint-Laurent, mais aussi parce que la décision de sillonner la nouvelle île de canaux a rendu invraisemblable le développement résidentiel.3, 8
- Alors que la ligne jaune est ouverte au public le 1er avril 1967, la station Île-Sainte-Hélène n’est entrée en fonction que le 28 avril 1967, date de l’ouverture d’Expo 67.
Plan d’un tracé alternatif proposé pour les voies du métro, présenté en orange avec le tracé définitif en bleu. Les deux routes présentent les sites des stations Île-Sainte-Hélène et Île-Notre-Dame; l’alignement proposé présente un site alternatif pour la station Île-Sainte-Hélène, plus au sud-ouest.
(Source9)
Maquette architecturale de l’édicule de la station. On y voit l’aménagement prévu à l’origine, avec des bassins décoratifs dotés de sculptures aux quatre coins du bâtiment.
(Source10)
L’excavation à ciel ouvert de la station et des tunnels adjacents, en traversant les îles — elles-mêmes en construction — et le chenal entre elles.
(Source10)
L’intérieur de l’édicule en chantier en janvier 1967
(Source11)
Les quais en chantier en janvier 1967
(Source12)
L’édicule en chantier en octobre 1966; le pavillon américain (la future Biosphère) est également en construction derrière lui.
(Source13)
- La station se trouvait au cœur du réseau de transport en commun assurant l’accès à Expo 67. En plus de relier les îles au centre-ville de Montréal, la ligne jaune donnait également accès à de vastes terrains de stationnement près de la station Longueuil. La correspondance était également possible avec les lignes jaune et bleue du monorail léger Minirail, ainsi qu’avec le petit train routier La Balade, grâce à des arrêts en proximité de la station de métro.
- L’autre moyen de transport en commun principal d’Expo 67 était l’Expo-Express, la première ligne de métro automatisée en Amérique du Nord. La ligne reliait les îles à la Place d’Accueil adjacent à l’autoroute Bonaventure, et desservait cinq stations : Place d’Accueil, Habitat 67 (bientôt supprimée), Île Sainte-Hélène (Place des Nations), Île Notre-Dame et La Ronde. La station Expo-Express la plus près du métro, la station Île Sainte-Hélène près de la place des Nations, se trouvait à environ 470 mètres de distance; elle était reliée à la station de métro par la ligne jaune du Minirail.
- Malgré l’envergure de cet équipement, il n’a ultimement servi que jusqu’en 1972. Plusieurs projets pour le vendre ou le réutiliser ont été considérés, dont une vente à la ville de Laval pour l’exploiter en tant que réseau de métro aérien; toutefois, aucun de ces projets n’a abouti, et le système fut finalement démoli et les trains vendus à la ferraille. Les derniers vestiges de l’Expo-Express consistent d’un pont abandonné à travers le chenal Le Moyne entre l’île Sainte-Hélène et le bout nord de l’île Notre-Dame, juste au nord du pont Jacques-Cartier; et de la station La Ronde, aujourd’hui le portique d’entrée du parc d’attractions La Ronde.14
- Afin d’accommoder les foules d’Expo 67, cette station était à l’origine munie de toilettes et de fontaines d’eau au niveau des quais, la seule station à en disposer.5 Suite à leur fermeture, aucune station n’en disposait jusqu’à ce que des toilettes publiques soient incorporées lors de la rénovation de la station Snowdon au milieu des années 2010.
- À cause du caractère non commercial de l’Exposition universelle, cette station a été la seule planifiée sans aucun emplacement publicitaire. Depuis, on a installé des panneaux publicitaires, mais les murs principaux des quais en sont toujours exempts.5
Plan des systèmes de transport par rail desservant le site d’Expo 67 : le métro, l’Expo-Express et le Minirail
L’édicule de la station parmi les pavillons d’Expo 67. À sa gauche, la station Métro du réseau Minirail.
(Source10)
Vue aérienne montrant une partie de la route de l’Expo-Express. La station Île Notre-Dame, au toit jaune, est au centre; au fond, à travers le chenal Le Moyne, on aperçoit la station Île Sainte-Hélène (Place des Nations).
(Source15)
Un train Expo-Express traverse le pont des Îles entre les deux îles.
(Source16)
Le système de monorail léger Minirail se fraie un chemin serpentin parmi les pavillons de l’île Notre-Dame. La station Canada, en jaune, apparaît au centre droit; à sa gauche, la voie pénètre le pavillon de l’Ontario. À gauche de l’image, elle ressort pour border le bassin autour du pavillon du Québec, puis se lance haut dans les airs pour contourner le pavillon français. On voit deux trains sur les voies en avant-plan.
(Source17)
- La structure en bois rond adjacente à la boucle d’autobus de la station est en fait le pavillon coréen d’Expo 67. Il a été utilisé pendant un certain temps comme abribus, mais a souffert des dommages durant cette période et est maintenant fermé et inexploité.18
- En 1997, le Metropolitano de Lisboa (métro de Lisbonne) a offert au métro de Montréal une sculpture de l’artiste portugais João Charters de Almeida, appelée La ville imaginaire, en honneur de la communauté portugaise de Montréal. Comme la sculpture était beaucoup trop grande pour être installée dans une station de métro, la STCUM l’a cédée à la Ville de Montréal, qui l’a fait ériger sur l’île Sainte-Hélène, près du quai des traversiers vers le Vieux-Port, à environ 400 mètres de marche de cette station.
L’intérieur de l’édicule avant l’insertion de sorties d’urgence aux murs latéraux et l’installation de tourniquets pour remettre en service l’entrée arrière (gauche) (2016), ainsi que l’implantation des ascenseurs (2019).
- Des scènes du film C’t’à ton tour, Laura Cadieux (1998) de Denise Filiatrault furent tournées dans cette station, qui représentait le niveau de contrôle de la station Place-des-Arts.
Ginette Reno et Samuel Landry dans C’t’à ton tour, Laura Cadieux (1998)
(Source19)
Plaque commémorative située dans la salle d’attente du quai Berri-UQAM :
Hommage à Jean Drapeau
En guise de reconnaissance à Me Jean Drapeau, maire de Montréal de 1954 à 1957 et de 1960 à 1986, grâce à qui le métro a vu le jour en 1966, et en souvenir d’Expo 67, une autre de ses grandes réalisations, les membres du conseil d’administration ont procédé, le 10 mai 2000, au changement du nom de la station Île-Sainte-Hélène par celui de Jean-Drapeau.
Société de transport de Montréal
Adresse de l’accès
Arrondissement de Ville-Marie
170, chemin Macdonald, dans le parc Jean-Drapeau, île Sainte-Hélène
Attractions avoisinantes |
Dernière mise à jour : 15 Oct 2026
Références
- Source : Gaby (Gabriel Desmarais). (1954). Photo de Jean Drapeau. Fonds Gabriel Desmarais (Gaby). Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P795,S1,D2858. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, P67-Y_2. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons CC BY-NC-ND 2.5 CA. ↩
- Senosier Roberge, Véronique (réalisatrice). (2022, 19 septembre). « Station Jean-Drapeau » [épisode d'émission télévisuelle]. Le métro voyage dans le temps. MAtv Montréal. ↩ ↩
- Une fois décoré, le métro sera un livre d'images sur Montréal. (1968, 25 février). Le Petit Journal, p. 7. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec. ↩
- Yorston, John. (1967, 18 mars). St. Helen’s sets new trend. The Montreal Star. Source : Archives de la Ville de Montréal, CA M001 VM166-1-1-D5292, p. 3. ↩ ↩ ↩
- Info-STM. (2003, 28 janvier). Le saviez-vous? (bis). Métro. P. 7. (archive.org) ↩
- La Roche, Roger. (2017). Histoire de l’Expo 67. Volume 1 : La genèse (1896-juin 1964). Pp. 53 et 105. ↩
- La Roche, Roger. (2024, 20 février.) 2 stations de métro pour le site [affichage Facebook dans le groupe « Expo 67 »]. ↩
- Source originelle : Bibliothèque et Archives Canada, microfilm en provenance du Fonds de la Compagnie canadienne de l’exposition universelle de 1967. Obtenu de : La Roche, Roger. (2024, 20 février.) 2 stations de métro pour le site [affichage Facebook dans le groupe « Expo 67 »]. ↩
- © Archives de la STM. ↩ ↩ ↩
- Photographie par Paul-Henri Talbot, La Presse, 16 janvier 1967. Fonds La Presse. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P833,S5,D1967-0018, no. 4. ↩
- Photographie par Paul-Henri Talbot, La Presse, 16 janvier 1967. Fonds La Presse. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P833,S5,D1967-0018, no. 5. ↩
- Source de l’image : Montreal Metro Île Verte. Octobre 1966. No. d’identification 4947726. Bibliothèque et Archives Canada / Compagnie canadienne de l’exposition universelle de 1967 / e011164300. Droits d’auteur : Gouvernement du Canada. ↩
- Pour en savoir plus à propos de l’Expo-Express et du Minirail, voir Roger La Roche (2015), Expo 67 Transport : Expo-Express, et Roger La Roche (2014), Expo 67 Transport : Minirail. ↩
- © Ville de Montréal. Source de l’image : La Roche, Roger. (2015). Expo 67 Transport : Expo-Express. P. 24. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-EX267-272. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Source de l’image : Laurent Bélanger, Wikimedia Commons. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-SA 3.0. ↩
- Les Amis du pavillon de la Corée de l’Expo 67. (2018, 20 septembre). Le pavillon de la Corée : mémoire pour la consultation publique de l’avenir du parc Jean-Drapeau. (archive.org) ↩
- Images © 1998 Cinémaginaire. ↩
Berri-UQAM








































