LAURIER
Architectes
Jean-Paul Pothier
Nouvel édicule nord (1999) : Réal Paul1
Artiste
Aucun
Mise en service
14 octobre 1966
Art et architecture
La nef de cette station, creusée en tunnel, est décorée de façon plutôt banale en granit gris, accentuée aux extrémités à l’aide de carreaux colorés (rouge orange au sud, cramoisi au nord).
On remarque les sièges individuels insolites en bois de forme ovale, disposés en groupes de cinq à hauteurs alternantes. Par ailleurs, cette station est particulièrement connue pour un aspect un peu frissonnant : les empreintes fantomatiques dans le revêtement mural de granit au-dessus des sièges. Ce phénomène est causé par l’huile dégagée par les têtes innombrables des passagers qui, au fil des années, se sont adossés contre le mur en attendant leur train.
À différence d’autres stations, le bloc d’accès principal, à l’extrémité sud de la station sur le boulevard Saint-Joseph, ne dispose pas d’un transept typique. À la place, la salle de contrôle est reliée à chacun des quais par une cage d’escalier indépendante (dotée d’escaliers mécaniques et fixes) qui débouche sur deux portails vers le quai. Ces espaces se caractérisent par des murs en courbe qui servent d’entonnoirs pour rendre la circulation plus fluide.
Cet accès est coiffé d’un édicule en forme de flèche élancée, qui longe une petite place publique entourée par une boucle d’autobus. La forme de l’édicule épouse la course oblique de l’ancien chemin des Carrières, qui passait autrefois à cet endroit. Dans la même lignée d’idées, l’extérieur est revêtu du calcaire gris local que l’on y transportait à l’époque, disposé dans des couches diagonales intéressantes. Une maçonnerie semblable est utilisée sur des murs extérieurs de l’édicule nord et sur certains murs d’accent à l’intérieur de la station. Par sa forme et ses matériaux, cet édicule préfigurait en quelque sorte la tendance post-moderne voulant que le design d’un édifice fasse référence à l’histoire et à la culture de ses alentours.
Les entrées principales se trouvent sur la façade sud de l’édicule, mais les deux côtés disposent chacun d’une porte unique supplémentaire. L’intérieur est bien pourvu de lumière naturelle grâce à des lanterneaux qui reprennent la forme triangulaire élancée de l’édicule même, alors que la pointe nord du bâtiment intègre un puits de lumière qui éclaire la salle de contrôle. L’édicule est entouré de saillies du toit pour protéger les passagers aux arrêts d’autobus, dont une partie se projette pour former une marquise qui longe la partie sud de la boucle.
L’édicule nord, sur l’avenue Laurier, est un accès très petit sans personnel. À l’origine à peine plus qu’un escalier couvert avec une ligne de tourniquets, il a été légèrement élargi en 1999 par l’addition d’un atrium. Cette section est bien éclairée grâce à ses murs de verre ainsi que par une claire-voie dans le toit, une ample fenestration venue se rajouter aux grandes fenêtres sur le côté et l’arrière de l’édicule originel.
Un long escalier relie cet édicule à une passerelle-balcon au-dessus des voies à l’extrémité nord de la nef, avec des escaliers qui rejoignent le bout des quais. Le mur surplombant la passerelle est paré de calcaire semblable à celui de l’édicule sud.
Accessibilité
Cette station n’est pas accessible en fauteuil roulant. Aucun projet de mise en accessibilité n’a été annoncé.
Historique et faits divers
Achalandage
3 724 158 départs en 2023
22e station en achalandage
Profondeur des quais
10,7 mètres
51e station en profondeur
Longueur d’interstations
Vers Mont-Royal : 499,60 mètres
Vers Rosemont : 746,10 mètres
Origine du nom
Avenue Laurier. Sir Wilfrid Laurier (1841-1919) fut le premier Canadien français à devenir premier ministre du Canada. D’abord élu à l’Assemblée législative du Québec (1871-1894), il est ensuite élu député fédéral et siège jusqu’à sa mort. En tant que chef du Parti libéral (1887-1919) et premier ministre (1896-1911), il était aux premières loges de tous les débats politiques cruciaux de son époque, dont le libre-échange avec les États-Unis, l’autonomie du Canada au sein de l’Empire britannique, la question des écoles du Manitoba, la construction d’un deuxième chemin de fer transcontinental, la création de la Marine royale canadienne, et la fondation des provinces de la Saskatchewan et de l’Alberta ainsi que du territoire du Yukon. Largement reconnu comme l’une des figures principales de l’histoire canadienne, il est représenté sur le billet de cinq dollars. L’avenue Saint-Louis est renommée avenue Laurier en 1899.
Nom proposé durant la phase de planification : Saint-Joseph.2
Sir Wilfrid Laurier
(Source3)
Faits divers
- Le projet initial pour cette station visait la construction d’un accès ouvert sans édicule pour la sortie Saint-Joseph, mais cette idée fut rejetée par le Comité exécutif de la Ville.4
- L’édicule nord a été le premier accès sans personnel dans le réseau. Comme aujourd’hui, il n’y avait aucune loge, et l’édicule était doté de tourniquets automatiques qui acceptaient seulement les billets à tarif régulier et des correspondances d’autobus. Ainsi, il servait surtout de sortie.5
- Le programme artistique d’œuvres sur des sujets historiques proposé par le premier directeur artistique du métro, Robert LaPalme, et jamais complété, prévoyait que cette station accueillerait une œuvre « en hommage aux frères Charron, premiers hospitaliers de Montréal ».6
Carte des alentours de l’édicule Saint-Joseph avant la construction de la station. On y aperçoit le chemin des Carrières, dont le tracé est reflété dans la forme de l’édicule.
(Source7)
L’extrémité nord de la nef en chantier en octobre 1965.
(Source8)
L’édicule sud en chantier en octobre 1965.
(Source9)
L’actrice Juliette Béliveau (avant-plan au centre) fut choisie comme la première passagère de la station Laurier lors de l’inauguration du réseau initial, le 14 octobre 1966.
(Source10)
Vue aérienne de l’édicule Saint-Joseph, fin des années 1970
(Source11)
L’édicule Laurier avant son élargissement en 1999
(Source11)
- L’intérieur de l’édicule Saint-Joseph était à l’origine de taille sensiblement plus restreinte en comparaison à aujourd’hui; la colonne interne se trouvait alors sur la façade sud. Il fut élargi vers le sud au début des années 1990, englobant de l’espace qui faisait jusqu’alors partie d’une aire d’attente extérieure couverte. Le projet a reçu une mention honorable en matière d’architecture de l’organisme de défense de patrimoine Sauvons Montréal en 1993.12
- L’aire d’attente au sud de l’édicule Saint-Joseph était à l’origine ornée de remarquables lampadaires en métal, malheureusement enlevés depuis, plus précisément entre 2003 et 2007.
Cette vue des escaliers montant vers l’édicule Saint-Joseph montre l’étendue initiale de l’intérieur. La colonne (gauche) entre les deux rangées de portes se trouve aujourd’hui à l’intérieur de l’édicule.
(Source13)
Une autre perspective sur les escaliers de l’édicule Saint-Joseph, mettant en évidence la faible profondeur de l’intérieur
(Source14)
Position des portes d’entrée de l’édicule Saint-Joseph à l’origine
(Source15)
Texte des panneaux interprétatifs affichés sur le côté ouest de l’édicule Saint-Joseph :
Le chemin des Carrières
Comme le métro circule sous la rue Berri, on peut dire d’une certaine façon qu’il emprunte lui aussi, à son tour, le chemin des Carrières.
En 1710, lorsque Jean-Louis Plessy, dit Bélair, achète un terrain en pleine campagne pour loger sa tannerie, il ne se doute pas qu’il vient de jeter les bases du futur Plateau-Mont-Royal. Située à ce qui correspond aujourd’hui à l’angle des avenues du Mont-Royal et Henri-Julien, cette petite entreprise florissante voit ses nombreux employés s’installer à proximité, sur la rue Robin, qui deviendra plus tard l’avenue Henri-Julien. Ce petit hameau est connu sous le nom du village de la tannerie des Bélair et forme le point de départ d’un tracé fondateur du quartier : le chemin des Carrières.
Cette voie s’appelle pendant plusieurs années le chemin de la Tannerie. C’est la découverte à la fin du 18e siècle de gisements de pierre calcaire à proximité, et l’ouverture de grandes carrières, qui lui donnent son nouveau vocable de chemin des Carrières. Cette nouvelle industrie, qui fournit la pierre pour la construction des nombreux édifices du Vieux-Montréal, impose la poursuite du chemin vers le nord, car il faut desservir l’ensemble des carrières afin d’acheminer la pierre vers la ville. C’est ce parcours sinueux autour des excavations qui lui confère son allure si particulière. Le premier tronçon correspond aujourd’hui au tracé de la rue Gilford, et nous amène ici, angle Saint-Joseph, devant l’édicule sud de la station de métro Laurier.
Le chemin des Carrières poursuit sa route vers le nord par l’actuelle rue Berri. À la hauteur de la rue Laurier, à l’édicule nord de la station Laurier, nous nous trouvons à la place Coteau-Saint-Louis, au cœur de l’ancien village du même nom, celui des carriers aussi appelés les « Pieds-Noirs ». Le développement accéléré de l’industrie entraîne l’installation d’un véritable village, entre Saint-Joseph et Saint-Grégoire, pour loger les ouvriers qui s’installent autour de la section du chemin qui deviendra plus tard la rue Berri. Plusieurs bâtiments de cette époque existent toujours dans le secteur. Rendu à la rue Saint-Grégoire, le chemin bifurque vers l’est et se poursuit, toujours sous le nom du chemin des Carrières, sur l’ancien chemin de la petite Côte de la Visitation.
L’édicule sud de la station Laurier
À la fin du 19e siècle, les nouvelles rues orthogonales montréalaises sont aménagées dans le secteur en respectant le tracé de l’ancien chemin. Ceci entraîne, à l’endroit où nous sommes, l’aménagement d’une petite place triangulaire qui existera plusieurs décennies.
Le concepteur de la station Laurier, l’architecte Jean-Paul Pothier, s’inspirera de l’histoire du lieu et de la forme de la placette afin de créer l’architecture que nous voyons. La pierre calcaire grise qui est transportée pendant des années sur le chemin qui longe la station se retrouve, à l’évidence, comme revêtement des murs extérieurs de la station. L’architecte la met en œuvre en lits obliques, ce qui marque la modernité de son architecture. La volumétrie de l’édifice, quant à elle, vient reprendre la forme triangulaire de la petite place qui occupait l’espace urbain du chemin des Carrières.
Laurier
Architecte : Jean-Paul Pothier
Inauguration : 14 octobre 1966
1. Cet extrait de l’atlas de A.R. Pinsonneault de 1907 nous montre le secteur des alentours de la station Laurier. On voit la petite place qui occupait l’espace du carrefour et le boulevard Saint-Joseph qui se termine à cette époque au chemin des Carrières.
2. Ces petites maisons jumelées, du milieu du 19e siècle, logeaient des carriers du village de Coteau-Saint-Louis. Elles étaient situées sur le chemin des Carrières, près de l’actuelle rue Saint-Grégoire.
3. Ce secteur du chemin des Carrières, au nord de la rue Boucher, existe toujours même s’il a perdu son vieux bâtiment de bois abritant deux logis. On reconnaît ici l’architecture typique du Coteau-Saint-Louis.
Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal · STM
Adresses des accès
Arrondissement du Plateau-Mont-Royal
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A Accès Saint-Joseph: 495, rue Gilford, angle rue Berri |
Attractions avoisinantes
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Dernière mise à jour : 2026-07-28
Références
- Martins-Manteiga, John. (2011). Métro : Design in motion/Le design en mouvement. Montréal : Dominion Modern. P. 324. ↩
- Clairoux, Benoît. (2001). Le métro de Montréal : 35 ans déjà. Montréal : Hurtubise HMH. P. 110. ↩
- William James Topley. The Honourable Sir Wilfrid Laurier, Photo C. 1906. Photographie. British Library, Londres, no. HS85/10/16873. Source : Wikimedia Commons. ↩
- Clairoux, Benoît. (2002, 6 novembre.) Les secrets des stations de métro. En Commun, vol. 12, no. 18, p. 3. ↩
- Les écoliers doivent se rendre au métro par la rue Gilford. (1966, 28 décembre). Le Guide Mont-Royal. Source : Archives de la Ville de Montréal, CA M001 VM166-1-1-D5277, p. 3. ↩
- Une fois décoré, le métro sera un livre d'images sur Montréal. (1968, 25 février). Le Petit Journal, p. 7. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec. ↩
- Source de l’image : Choquette, J.E., Durand, R. Plans d’utilisation du sol de la ville de Montréal à l’échelle 1:600. Planche 55-60. Montréal : Service d’urbanisme de la ville de Montréal. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0003612099. ↩
- Photographie par Paul-Henri Talbot, La Presse, 4 octobre 1965. Fonds La Presse. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 06M,P833,S5,D1965-0134, no. 5. ↩
- Photographie par Paul-Henri Talbot, La Presse, 4 octobre 1965. Fonds La Presse. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 06M,P833,S5,D1965-0134, no. 4. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-M220-006. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. Voir aussi : « Le premier billet de la station Laurier, 1966 » (16 décembre 2011). Archives de Montréal. ↩
- © Archives de la STM. ↩ ↩
- Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal. (1994). Rapport annuel 1993 : Gagner le pari. Montréal : auteur. P. 25. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-M243-025. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-M266-064. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-M243-033. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-M243-035. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM097-Y-02-D005A-016-02. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Source : Claude Gosselin, Gabor Szilasi. (1966) Stations de métro à Montréal. Fonds Ministère de la Culture et des Communications – Archives nationales à Montréal. Image no. 1. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, E6,S7,SS1,D662058-662074. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-ND 4.0. ↩
Mont-Royal















































