BONAVENTURE
Architecte
Victor Prus
Artiste
Aucun
Mise en service
13 février 1967
Art et architecture
Cet ancien terminus de la ligne orange se classe parmi les stations les plus élégantes du réseau initial. L’aménagement de la station se caractérise par un entrecroisement orthogonal de voûtes parallèles et transversales, suivant une stricte symétrie. Les intersections de ces voûtes forment des travées coiffées de coupoles impressionnantes. Ces travées accueillent et encadrent les installations de la station, dont les accès, lignes de perception et cages d’escalier.
Puisque cette station sert de point central reliant plusieurs sections de la ville souterraine et plusieurs moyens de transport, elle a été construite à ciel ouvert afin de libérer de grands volumes pour accueillir ses différents niveaux. Il s’agit en fait de la station la plus profonde construite largement à ciel ouvert. Une mezzanine en forme de passage parcourant la longueur du grand volume sert à relier les accès aux deux extrémités de celui-ci et la billetterie au centre. Grâce aux parapets sur tout son pourtour ainsi qu’une percée visuelle au centre, la mezzanine offre des perspectives impressionnantes du volume et des quais.
Les lignes de perception sont situées de part et d’autre du passage central. Les loges sont adossées aux murs du fond et les lignes de perception en projettent de façon diagonale, de sorte que chaque ligne de perception mène à un seul quai et en fait à une seule des deux volées d’escaliers vers chaque quai. Or, les escaliers fixes vers les quais sont reliés par des passerelles passant sous la mezzanine. Ainsi, on peut traverser les voies à l’intérieur de la zone contrôlée.
Les murs sont revêtus de briques d’un brun chaleureux et de béton brut. Au niveau des quais, les lambris de brique adoptent un profil sinueux pour former des bancs intégrés. La trame des voûtes et des travées est mise en relief par la présence d’imposantes piles et de larges arches pour soutenir la mezzanine; ces dernières sont répétées par des renfoncements décoratifs en forme d’arche au niveau des murs en béton. Les grands luminaires suspendus carrés avec signalisation intégrée ont remporté un prix architectural; toutefois, les sommets pyramidaux sont un ajout subséquent.
Étant donné la sérénité sobre de la station elle-même, les liens labyrinthiques vers l’extérieur et la ville souterraine surprennent par leur complexité. En effet, à l’origine cette station fut conçue presque entièrement comme lien vers la ville souterraine. Dès ses débuts, la station était reliée à la Place Bonaventure et à la gare Windsor par deux longs tunnels, avec un lien par ascenseur vers l’édifice Place du Canada et l’hôtel Château Champlain.
Le tunnel originel vers l’édifice Place Bonaventure, qui était apparemment conçu comme l’accès principal de la station, est remarquable pour sa longueur importante et sa pente. Il débouche sur un grand escalier vers le sous-sol du complexe. Il a connu une longue période de sous-utilisation, à cause tant du déclin général de l’achalandage de la Place Bonaventure que de l’implantation d’un deuxième accès vers ce dernier (voir plus bas). Or, il a récemment repris du galon, servant d’accès plus direct vers la station Gare Centrale du REM.
À l’origine, le seul accès externe était celui de la rue De La Gauchetière (aujourd’hui l’avenue des Canadiens-de-Montréal) devant la gare Windsor. Un simple escalier à ciel ouvert situé sous le portique de la gare, il s’agissait de l’une des seules bouches de métro ouvertes du système (avec Square-Victoria–OACI et, anciennement, Place-Saint-Henri). Cet accès descend vers un palier assez lugubre qui rejoint les liens de la ville souterraine vers l’ancienne gare Windsor et, après une porte vers l’intérieur de la station, la tour 1250 René-Lévesque. Le tout se trouve au sommet d’une suite très longue d’escaliers mécaniques à partir de l’extrémité ouest de la mezzanine.
La construction de l’édifice 1000 De La Gauchetière directement au-dessus de la station est venue ajouter plusieurs accès à celle-ci. Le basilaire de cette tour de bureaux incorpore le terminus Centre-Ville d’Exo, qui dessert les autobus en provenance de la Rive Sud. Ce terminus possède deux ensembles de quais, reliés à la station de métro par deux accès situés de part et d’autre de l’extrémité est de la mezzanine; l’accès nord dessert le quai nord, alors que l’accès sud donne accès aux quais centre et sud. Le lien par ascenseur entre la station et le niveau de la rue, ajouté en 2019, passe par le quai central du terminus et débouche dans le hall du 1000 De La Gauchetière.
En plus du quai du terminus d’autobus, l’accès nord incorpore également un lien souterrain vers la gare Centrale, le grand hall du 1000 De La Gauchetière et un deuxième accès à la Place Bonaventure.
La tour comporte aussi un second accès extérieur indépendant sur sa façade ouest, sur la rue de la Cathédrale. Malheureusement, tout comme celle devant la gare Windsor, cette sortie est bien plus étriquée et glauque que l’on s’attendrait d’une station de cette importance.
La symétrie moderniste harmonieuse et belle de la station elle-même est malheureusement ternie par la quantité et les dimensions inexplicablement limitées de ses accès et leur esthétique entièrement négligée.
Accessibilité
Cette station est pourvue d’ascenseurs pour l’accessibilité aux personnes en fauteuil roulant. L’accès par ascenseur à partir du niveau de la rue se fait via le hall de l’édifice 1000 De La Gauchetière. Malheureusement, cet accès fait présentement l’objet d’une signalisation insuffisante. De là, on descend vers le quai centre du terminus d’autobus, puis un deuxième ascenseur poursuit le trajet vers la mezzanine de la station. Deux ascenseurs relient ce dernier niveau aux quais.
À cause de l’aménagement de la mezzanine, les passagers se servant des ascenseurs doivent s’assurer de choisir le bon côté de la billetterie pour leur quai, car les ascenseurs ne communiquent pas avec les passerelles reliant les quais. Il faut aussi s’assurer d’aller du bon côté de chaque loge, car seulement l’une des deux barrières de perception de chaque côté donne accès à l’ascenseur.
À la fin de 2009, cette station est devenue la troisième du réseau initial à accueillir des ascenseurs, hormis celles de Laval, dotées d’ascenseurs dès leur construction. Toutefois, la station est demeurée inaccessible pendant près de 10 ans, puisque ces ascenseurs reliaient seulement les quais et la mezzanine. Un lien par ascenseur avec le terminus Exo et la surface, qui devait être parachevé par Exo (l’AMT à l’époque), a enfin été mis en service le 27 septembre 2019.
À noter qu’aucun lien intérieur accessible n’existe présentement entre le métro et les services du REM et de train de banlieue dans la gare Centrale. Les personnes ayant besoin d’une connexion accessible doivent sortir du métro via le 1000 De La Gauchetière et se diriger vers la gare Centrale dehors.2
Un ascenseur existant reliait déjà la mezzanine à l’hôtel Château Champlain et le complexe Place du Canada, mais fâcheusement, un escalier de 16 marches le sépare du niveau de la mezzanine.
Historique et faits divers
Achalandage
5 911 937 départs en 2023
5e station en achalandage
Profondeur des quais
22,6 mètres
11e station en profondeur
Longueur d’interstations
Vers Lucien-L’Allier : 381,60 mètres
Vers Square-Victoria–OACI : 392,60 mètres
Origine du nom
L’édifice Place Bonaventure. Saint Bonaventure, né Giovanni di Fidanza (1221-1274), était moine franciscain, théologien, philosophe et mystique d’origine italienne, qui devint évêque et cardinal. Il fut reconnu comme docteur de l’Église en 1588.
La rue Saint-Bonaventure ou Bonaventure désignait autrefois le tronçon de l’actuelle rue Saint-Jacques entre la rue McGill et la place Saint-Henri; un tronçon existait déjà sous ce nom en 1805.3 Elle a été incorporée à la rue Saint-Jacques vers 1883.4 Une petite voie entre les rues Lusignan et Lucien-L’Allier, anciennement une allée parallèle à la principale rue Bonaventure, conserve toujours son nom.
L’ancienne rue Bonaventure donna son nom à la gare Bonaventure, ouverte en 1847 à l’angle des rues Saint-Bonaventure et Windsor (aujourd’hui Saint-Jacques et Peel) et exploitée par la Compagnie du Grand Tronc. La gare était un noyau important pour le transport de fret et de passagers pendant des décennies, avant qu’une explosion et un incendie en 1948 ne force la redirection de tous les trains passagers vers la gare Centrale. Les restes de la gare furent démolis en 1952.
Le souvenir de cette gare était à l’origine du nom du complexe commercial Place Bonaventure. Œuvre de style brutaliste des architectes Raymond T. Affleck et Eva Vecsei, la Place Bonaventure fut conçue comme centre de commerce international, accueillant des commerces de détail et gros, des halls d’exposition, des bureaux et un hôtel. Construite entre 1964 et 1967, au moment de son ouverture elle était le deuxième édifice commercial le plus vaste du monde, offrant une surface de plancher de 280 000 m².5 Après d’importantes modifications au fil des années, la plupart de ses espaces sont présentement consacrés à des bureaux, dont le siège social de la STM.
Ainsi, de la rue en passant par la gare et l’édifice jusqu’à la station de métro, le nom de saint Bonaventure a été perpétué jusqu’à nos jours.
Noms proposés durant la phase de planification : Square Dominion,6 Windsor.7
Faits divers
- Cette station servait de terminus ouest de la ligne orange pendant 13 ans depuis son inauguration comme partie du réseau initial jusqu’à l’extension de la ligne vers Place-Saint-Henri.
- Bien que cette station ait fait partie du réseau initial du métro, elle fut rajoutée tardivement aux plans. La ligne orange devait à l’origine se terminer à la station Place-d’Armes,11 mais le projet a été prolongé de deux stations en cours de route. C’est pour cette raison12 que cette station ne fut inaugurée que quatre mois après la mise en service de la plupart des stations du réseau initial. Le prolongement a été décidé en même temps que le prolongement de l’autre extrémité de la ligne orange de deux stations de Crémazie jusqu’à Henri-Bourassa, ainsi que l’ajout de la ligne jaune au projet.13
- Le design de cette station a valu à son architecte, Victor Prus, d’être finaliste pour les médailles Massey en 1967.14
- Un accès additionnel au niveau de la rue était prévu initialement15 dans la place du Canada, à l’angle des rues Peel et De La Gauchetière.
- Le programme artistique d’œuvres sur des sujets historiques proposé par le premier directeur artistique du métro, Robert LaPalme, et jamais complété, prévoyait que cette station accueillerait une œuvre de Charles Daudelin, une grille sculpturale représentant les armoiries des provinces du Canada. On anticipait que cette œuvre serait commanditée par le gouvernement fédéral.16 (Charles Daudelin a produit des œuvres pour deux autres stations conçues par l’architecte Victor Prus, soit les stations Mont-Royal et Langelier.) D’autres concepts prévoyaient une œuvre représentant l’hymne national Ô Canada au-dessus d’un escalier, et une invitation à chaque province à contribuer une murale qui aurait été installée près de la station dans la place du Canada.17
- En plus de la connexion intermodale aux trains de banlieue à la gare Centrale, la station Bonaventure offrait également la correspondance à ceux qui se rabattaient sur la gare Windsor, jusqu’à la fin des services ferroviaires à cette gare le 12 octobre 1993. Cette desserte fut remplacée par la gare Lucien-L’Allier.
Esquisse architecturale des quais
(Source18)
Vue aérienne du chantier à ciel ouvert de la station en août 1965, ainsi que la construction du Château Champlain (arrière-plan) et de la Place Bonaventure (avant-plan).
(Source19)
Vue dans l’excavation à ciel ouvert de la station durant sa construction
(Source20)
Un quai de la station durant les travaux de finition, peu de temps avant l’ouverture de la station. Un train en essai passe le quai.
(Source21)
Une enseigne du métro sur la façade de la Place Bonaventure indique un accès de la station à travers l’édifice
(Source22)
L’ancien aménagement des tourniquets de la station. Ils étaient alors disposés en ligne droite entre les colonnes encadrant la loge, plutôt qu’en V avec la loge adossée au mur du fond comme aujourd’hui. On note également l’apparence ancienne des éléments d’éclairage, avant l’ajout des sommets pyramidaux.
(Source23)
Adresses des accès
Arrondissement de Ville-Marie
|
AAccès de la Cathédrale : 955, rue de la Cathédrale, angle rue De La Gauchetière |
Ville souterraine
Attractions avoisinantes |
Lien vers les sites officiels
Renseignements pratiques, heures d’ouverture, fréquence des passages, lignes d’autobus
Dernière mise à jour : 2026-09-04
Références
- Source de l'image : Adaptée de : Bureau de transport métropolitain. (1982). ‘Bonaventure’ [dépliant]. ↩
- COPHAN. (2026, 25 juillet). Tunnel Gare Centrale – Bonaventure : un parcours semé d’embûches pour les personnes en fauteuil roulant. COPHAN: ensemble pour l’inclusion. ↩
- Charland, Louis. (1805). Plan of the city of Montreal shewing the new projects of embellishing, drawn by order of the Honourable James McGill, Joseph de Longueuil & John Richardson esq. commissioners. [Carte.] Bibliothèque et Archives nationales du Québec, E21,S555,SS1,SSS21,P22. ↩
- Le changement apparaît dans Lovell’s Montreal Directory pour la première fois dans l’édition de 1883-1884; voir pp. 28 et 151. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0005993752. ↩
- Viloria, James. (2007). « Place Bonaventure. » L’Encyclopédie canadienne. ↩
- Prolongement du métro. (1963, 12 septembre.) La Presse, p. 3. ↩
- Clairoux, Benoît. (2001). Le métro de Montréal : 35 ans déjà. Montréal : Hurtubise HMH. P. 110. ↩
- Francisco de Zurbarán. La prière de saint Bonaventure sur l’élection d’un nouveau pape. 1628-9. Huile sur toile. Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde (Allemagne). Source : Wikimedia Commons. ↩
- Éditeur inconnu. Montréal, Gare Bonaventure (Bonaventure Station). 1903-1916. Source : Fonds Pierre Monette, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0005585625. ↩
- Image source: Jeangagnon, Wikimedia Commons. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-SA 3.0 non transposé. ↩
- Massé, Richard, Gendron, Claude, Tremblay, Albert. (1961, 21 octobre). C’est officiel !: métro de 21 milles en 1966. La Presse. P. 1. ↩
- Tremblay, Albert. (1966, 3 août). Trois stations ne seront pas prêtes pour l’ouverture du métro en octobre. La Presse, p. 1. ↩
- Tremblay, Albert. (1963, 7 août). Unanime, le conseil hausse de $46 millions le coût du métro. La Presse, p. 3. ↩
- 1967 Massey Medal Finalists. (1967, mars). Architecture Canada, volume 44, no. 3, p. 8. ↩
- Clairoux, Benoît. (2002, 6 novembre.) Les secrets des stations de métro. En Commun, vol. 12, no. 18, p. 3. ↩
- Gagnon, Lysiane. (1967, 25 mars.) On va décorer notre métro. La Presse, supplément 1, pp. 4-9. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec. ↩
- Une fois décoré, le métro sera un livre d'images sur Montréal. (1968, 25 février). Le Petit Journal, p. 7. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec. ↩
- © Archives de la STM. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-MD24-001. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM097-Y-02-D005A-008-01. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Photographie par Paul-Henri Talbot, La Presse, 16 janvier, 1967. Fonds La Presse. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P833,S5,D1967-0018, no. 6. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM097-Y-02-D005A-008-07. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM097-Y-02-D005A-008-02. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
BONAVENTURE
Lucien-L'Allier


























































