CADILLAC
Art et architecture
Cette station est construite selon un plan moderniste symétrique, dont les formes et le décor sont sobres au point d’être insipides. La nef consiste d’un volume rectangulaire creusé à ciel ouvert, qui représente environ un tiers de la longueur totale de la station, avec des sections creusées dans le roc qui se projettent des deux extrémités de celui-ci.
Le volume en tranchée englobe la mezzanine qui accueille la billetterie; chacun des quais est relié à celle-ci par deux escaliers. Chaque paire d’escaliers est arrangée de façon symétrique de sorte à souligner la forme monolithique triangulaire des pieds de ceux-ci, l’un des rares gestes architecturaux vraiment intéressants dans cette station.
Dans la billetterie, la zone contrôlée aboutit à un parapet qui donne sur les quais. Il fait également face à un mur tympan au-dessus de la voûte, à l’extrémité du volume en tranchée; celui-ci, comme son homologue à l’autre extrémité, arbore des formes triangulaires qui suggèrent une charpente. Ce volume au-dessus des quais est aussi ponctué par la présence sombre des bouches d’un puits de ventilation au-dessus du quai Honoré-Beaugrand.
La quasi-totalité du décor privilégie les matériaux sombres de ton neutre. Les murs sont en béton nervuré avec des lambris de granit gris foncé, à la texture rugueuse et marqués de sillons verticaux, posés à des profondeurs inégales; des lambris semblables mais plats les remplacent dans certaines parties des accès et dans les édicules. Les bancs au niveau des quais et dans les édicules, longs et assez peu profonds, sont faits du même granit. Les planchers sont en granit gris-brun. Les garde-corps et les balustrades des escaliers sont en verre avec des mains courantes en acier inoxydable. À la mezzanine, les murs de l’espace commercial et des locaux des employés sont en acier inoxydable hautement poli.
Au niveau de la mezzanine, la salle de contrôle est de forme rectangulaire. À son extrémité ouest, elle débouche de façon symétrique sur des couloirs vers le nord et le sud, vers les édicules. Les bandeaux d’éclairage au plafond, qui passent de façon insolite à travers des perforations dans les poutres en béton, se déploient à gauche et à droite pour indiquer subtilement le chemin.
Les deux édicules identiques, de forme carrée, sont disposés diagonalement de part et d’autre d’un carrefour. Ces bâtiments de béton sont fenêtrés sur presque leur pourtour entier. Leur intérieur est revêtu du même granit gris foncé utilisé ailleurs dans la station, avec des bancs sur certains murs. Les toits sont dotés de caissons carrés disposés à un angle de 45 degrés pour former des losanges. À l’extérieur, les toits forment des saillies importantes à l’instar des autres stations de cette époque. Autour des édicules, des jardinières et même les joints du parvis en béton répètent le format des caissons visibles dans les saillies, produisant une harmonie subtile et intéressante.
Deux murales abstraites, situées face à face aux extrémités des tunnels qui mènent aux édicules, constituent les seules touches de couleur. La murale au sud est principalement de tons jaunes et orange, alors que celle au nord est plutôt bleu-vert. Les pièces sont conçues pour être déplacées et réagencées entre elles; à l’origine, ceci devait se faire trois fois par an,1 mais elles n’ont apparemment pas été déplacées depuis plusieurs années.2 Les murales, d’émail cuit sur acier, sont signées Jean Cartier.
Malheureusement, le design très austère de cette station est de loin le moins intéressant du prolongement est de la ligne verte.
Historique et faits divers
Profondeur des quais
12,2 mètres
44e station en profondeur
Longueur d’interstations
Vers Assomption : 781,69 mètres
Vers Langelier : 518,51 mètres
Origine du nom
Rue De Cadillac. Antoine Laumet (1658-1730), personnage coloré et controversé de la Nouvelle-France, par fantaisie s’est attribué lui-même le titre « de Lamothe, sieur de Cadillac ». Il arrive à Port-Royal en Acadie en 1683. Nommé lieutenant puis capitaine par le gouverneur Frontenac, en 1694 il devient commandant du fort Michillimakinac, entre les lacs Michigan et Huron à l’extrémité nord de la péninsule basse du Michigan.
En 1698 il rentre en France et persuade le comte de Pontchartrain de le permettre de fonder la colonie de Détroit, qu’il commande de 1701 à 1710. Il est ensuite nommé gouverneur de la Louisiane. Il rentre définitivement en France en 1717.
L’odonyme apparaît dans le Lovell’s Montreal Directory pour la première fois en 1909.4
Variation rare : De Cadillac. La station a été nommée Cadillac dès ses débuts, mais le nom De Cadillac figure sur les plans du réseau officiels entre 1982 et 1986. Par ailleurs, lorsque la Commission de toponymie du Québec a modifié l’utilisation officielle des prépositions dans plusieurs noms de station en mai 2014 avant de revenir à l’usage antérieur en novembre de la même année, le nom « station De Cadillac » a brièvement été officialisé.5
Le « De » dans « rue De Cadillac » est ce qu’on appelle une « particule nobiliaire », car il fait partie d’un titre de noblesse (quoiqu’inventé par le « sieur » de Cadillac lui-même). Selon la pratique toponymique courante, les particules nobiliaires sont écrites avec une majuscule et incorporées aux toponymes dérivés. Ainsi cette station, en principe, aurait dû été nommée « De Cadillac » dès l’origine (comparez De Castelnau et D’Iberville). Toutefois, l’usage varie beaucoup; comparez Frontenac, nommée pour le comte de Frontenac.
Faits divers
- Au lieu des murales de Jean Cartier, on prévoyait à l’origine des photographies de bâtiments avoisinants.8
- En 2022, la STM a modifié la prononciation du nom de la station dans ses messages vocaux enregistrés. Le nom avait auparavant été prononcé \ka.di.lak\ « cadi‑lac », à l’anglaise (comme la marque de voiture, d’ailleurs); on y a substitué la prononciation française standard, \ka.di.jak\ « cadi‑yac ».9
L’excavation de la station durant sa construction
(Source10)
Images des murales de Jean Cartier vers 1982; on y voit les panneaux amovibles dans une configuration différente de celle d’aujourd’hui
(Source11)
Alexandre Goyette dans King Dave (2016)
(Source12)
Adresses des accès
Arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve
Accès Sherbrooke Nord : 5995, rue Sherbrooke Est, angle rue De Cadillac
Accès Sherbrooke Sud : 3315, rue De Cadillac, angle Rue Sherbrooke
Attractions avoisinantes |
Dernière mise à jour : 9 Oct 2026
Références
- Clairoux, Benoît. (2002, 6 novembre.) Les secrets des stations de métro. En Commun, vol. 12, no. 18, p. 3. ↩
- L’auteur possède des photos des murales prises en 2001 qui montrent la même configuration qu’aujourd’hui. ↩
- Ouellette-Vézina, Henri. (2025, 16 avril). Faute de financement: L’installation d’ascenseurs encore à l’arrêt dans le métro. La Presse. ↩
- Lovell’s Montreal Directory for 1909-10. (1909). Montréal : John Lovell & Son. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0005993752. On y retrouve des entrées sur la rue De Cadillac dans le répertoire alphabétique (e.g., Armstrong, Geo. E., p. 703). ↩
- Fiche descriptive : Station Cadillac. Commission de toponymie du Québec. ↩
- Julius Theodore Melchers. Statue d’Antoine Cadillac. 1874. Calcaire. Wayne State University, Détroit (Michigan). Photo par Einar Einarsson Kvaran (Carptrash), Wikimedia Commons. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons CC-BY-SA 3.0 Non transposé. ↩
- Source de l’image : CTCUM. (1983, janvier). Plan du réseau C.T.C.U.M. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0006813063. ↩
- Les Architectes Longpré Marchand Goudreau Dobush Steward Bourke. Station de métro Cadillac (document de présentation au Bureau de transport métropolitain). 21 octobre 1971. Archives de la Ville de Montréal, dossier CA M001 XCD001-D19, cote 1D-06-01-08F. ↩
- STM—Mouvement collectif. Publication sur Facebook, 22 août 2022, et réponse, 23 août 2022. ↩
- Photographie par Paul-Henri Talbot, La Presse, 8 avril 1974. Fonds La Presse. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 06M,P833,S5,D1974-0143, no. 16. ↩
- Source de l’image : Bureau de transport métropolitain. (1983). Cadillac [dépliant]. ↩
- Images © 2016 Les Films Séville Inc. ↩
Assomption

































