ÉDOUARD-MONTPETIT
Architectes
Patrice Gauthier (BTM)
Station du REM (2025) : Lemay, Perkins+Will, Bisson Fortin
Artiste
Manuel MathieuMise en service
4 janvier 1988
Station du REM : 17 novembre 2025
Art et architecture
Puisque des contraintes structurales importantes, dont un aqueduc souterrain majeur, un puits de ventilation du tunnel ferroviaire Mont-Royal et la construction projetée d’une gare de correspondance le long de ce tunnel, imposaient un plan hétéroclite sur cette station, l’architecte a choisi d’unir ses éléments disparates à l’aide d’une palette consistante et remarquable de tons de rose. Ces coloris prêtent à l’espace un air songeur, voire onirique.
L’architecte s’est inspiré du nom planifié pour la station, celui du compositeur français Vincent d’Indy, ainsi que la proximité de l’école de musique de l’Université de Montréal et la salle de concert Claude-Champagne, en choisissant un schéma chromatique qui rappelle les émotions évoquées par la musique. Dans une veine culturelle apparentée, les bandes de différents tons de rose le long des murs, ainsi que les formes en losange dans le carrelage au sol (similaires mais différentes pour chaque niveau de la station), font référence à des styles de la Renaissance, à l’instar de fameux édifices tels que la cathédrale de Florence.1 Les éléments d’éclairage muraux de forme hémisphérique au-dessus des escaliers offrent une touche fantaisiste de plus.
L’élément le plus emblématique de la station est sans contredit le design inoubliable des bancs des quais, au dossier haut et courbé, en béton moulé peint de rose choquant. Conjuguant la postmodernité avec le thème Renaissance, la forme des dossiers rappelle autant de baldaquins et crée un effet de perspective forcée qui donne à la voûte de la nef une illusion de hauteur accrue. 1 Malheureusement, le design semble motivé davantage par le style que le confort; les bancs s’adaptent mal tant au dos qu’au fessier moyens.
À partir de la nef construite en tunnel, on passe par un transept étroit et une large et profonde cage d’escalier pour gagner la salle de contrôle, immédiatement sous la surface.
La salle de contrôle à plafond bas s’étend pour relier les différentes entrées de la station. Les contraintes structurales ont imposé une forme irrégulière et fluide,2 en heureuse continuité avec le décor féérique de la station. Les murs et les planchers arborent les mêmes tons de rose, quoique les murs à ce niveau misent davantage sur les dégradés que sur les rayures. Les piliers dans cet espace, munis d’un chapiteau circulaire très large, servent en fait à soutenir directement la chaussée au-dessus. Le plafond à caissons circulaires est éclairé par les mêmes lampes hémisphériques.
Le côté ouest de la salle de contrôle forme un passage qui mène vers l’entrée principale, en longeant un parapet qui donne sur la grande cage d’escalier en contrebas. L’entrée est aménagée sous le hall du complexe sportif CEPSUM, et offre également un accès intérieur à ce dernier.
Cette sortie a été considérablement élargie pour accueillir l’un des deux ascenseurs de la station de métro, complétés en 2026. L’ascenseur principal relie la sortie, le niveau de la billetterie, la passerelle et le quai Saint-Michel; ainsi, son accès est contrôlé par des lignes de perception secondaires au rez-de-chaussée et au niveau de la billetterie. L’ascenseur est accompagné par un escalier secondaire remarquablement costaud qui descend jusqu’au quai. (Fait insolite, l’escalier saute le niveau de la billetterie en descendant de la zone de contrôle secondaire au rez-de-chaussée.)
L’escalier est aménagé dans un ancien puits de ventilation, qui est évoqué par la présence d’une section de son grillage curviligne distinctif au niveau du transept. L’escalier et l’ascenseur, à l’instar de leur homologue plus petit entre la passerelle et le quai Snowdon, sont parés de carrelage noir et écarlate vif; des garde-corps écarlates; du béton lisse; de dalles de pierre foncée au sol; et au quai, des sections de mur qui reprennent le motif rayé des murs des quais mais en tons monochromes de gris.
En face de l’entrée principale, un édicule à l’angle du boulevard Édouard-Montpetit et de l’avenue Vincent-D’Indy prend une forme insolite fuselée qui épouse la courbe de la chaussée. Des moulures en rose vif et des reliefs en béton égayent ce bâtiment en acier, en verre et en béton. Le socle en béton cannelé de l’édicule s’étend un peu au-delà de ses murs pour former des murets décoratifs. Presque entièrement vitré, l’édicule s’ouvre sur le centre de la salle de contrôle pour y faire entrer du soleil.
En 2025, la station de métro fut reliée à la ligne du REM empruntant le tunnel du Mont-Royal. Véritable prouesse de génie civil, un immense puits de 72 mètres de profondeur a permis de rejoindre des quais excavés le long du tunnel centenaire, créant ainsi la station ferroviaire la plus profonde du Canada et la deuxième plus profonde de l’Amérique du Nord.
La station du REM occupe l’emplacement de l’ancien édicule Marie-Victorin de la station de métro, à l’extrémité est de la salle de contrôle. L’édicule a été démoli en 2018 et a été remplacé par un nouvel édicule dans le style caractéristique du REM : une boîte rectangulaire entièrement vitrée, avec des bandes verticales blanches pour tamiser la lumière du soleil. L’édicule à demi-niveaux donne sur le trottoir à son extrémité sud, alors que la sortie inférieure du côté est (au niveau dit « rez-de-jardin ») donne accès au pavillon Marie-Victorin de l’Université de Montréal.
Au niveau du sous-sol de l’édicule, un hall d’ascenseurs accueille la tête des cinq ascenseurs à haute vitesse qui franchissent une profondeur équivalente à un bâtiment de vingt étages pour atteindre le niveau du transept. Ce hall est aussi relié à la salle de contrôle du métro par un corridor qui retient une portion du plafond originel de béton, avec ses caissons circulaires distinctifs.
Dans chaque cabine, des bandes DEL animées tracent la montée ou la descente de l’ascenseur. À leur pied, les ascenseurs sont dotés de portes avant et arrière, donnant sur les deux branches d’un hall d’ascenseurs en forme de U. Ainsi, les ascenseurs peuvent faire débarquer les passagers descendants par en arrière avant d’admettre par devant les passagers montants. Or pour une raison inconnue, cette fonction n’est présentement pas en opération automatique. De plus, l’offre de cinq ascenseurs s’avère parfois inégal aux afflux des passagers, notamment durant la session universitaire.3
La barrière de perception sépare le hall d’ascenseurs et le transept. À partir de ce dernier, un escalier fixe, un escalier mécanique montant et un ascenseur atteignent chacun des deux quais.
Le décor très dépouillé de la station du REM est entièrement distinct de celui de la station de métro. La majorité de la station est revêtue de panneaux métalliques émaillés blancs, dont les variations de largeur créent un certain rythme esthétique. Les panneaux sont horizontaux sur les quais et verticaux ailleurs. La station fait partie de la section stylistique « urbain mixte » du REM, axée sur le rouge.4 Ainsi, certaines zones de l’édicule et du niveau de la billetterie sont ponctuées par des murs d’accent arborant un carrelage céramique rouge, dont les carreaux mats et lustrés forment un motif spécifique à cette station, inspiré par le briquetage du secteur.5 Des éléments tels que la forme rectangulaire du volume, les planchers gris pâle, les portes palières et les luminaires DEL linéaires, sont partagés avec l’ensemble des stations du REM.
Toutefois, la station du REM jouit de deux éléments esthétiques uniques. D’abord, au niveau des quais et du transept, des sections à pleine hauteur encadrées de noir et dotées d’un éclairage théâtral mettent en vedette des empans du roc avoisinant, laissé à découvert. Ces interventions remarquables soulignent l’énorme profondeur de la station et le défi de génie qu’elle représente, tout en rappelant les plus petites sections du roc à découvert dans les deux autres stations-correspondance de la ligne bleue, soit Snowdon et Jean-Talon.
Finalement, le transept arbore cinq immenses mosaïques hautes en couleurs, l’œuvre de Manuel Mathieu. En continuité avec le roc à découvert, ces œuvres, sous le titre Le Mont habité, furent inspirées par le détail microscopique observé par l’artiste dans des échantillons du roc volcanique. Ces mosaïques représentent un véritable point d’orgue de vivacité et de couleur qui égaie les profondeurs de la station.
Accessibilité
Cette station est pourvue d’ascenseurs pour l’accessibilité aux personnes en fauteuil roulant. Un ascenseur relie l’accès Édouard-Montpetit (accès A), le niveau de la billetterie (pour l’accès au REM), le niveau de la passerelle et le quai Saint-Michel. Cet ascenseur est doté de barrières de perception indépendantes au niveau de la rue et au niveau de la billetterie. (Ainsi, il faudrait payer pour utiliser cet ascenseur pour descendre au niveau de la billetterie. Un accès libre est possible grâce à l’ascenseur dans l’édicule du REM.) Le deuxième ascenseur relie le niveau de la passerelle et le quai Snowdon. Bien que l’ascenseur principal desserve l’accès juste en dessous du CEPSUM, il n’y a pas d’accès direct au CEPSUM lui-même.
La construction des ascenseurs a débuté en amont du chantier du REM, le 10 août 2020. Or les travaux ont été grandement retardés à cause de difficultés géologiques.6 Les ascenseurs ont été mis en service le 31 mars 2026.
Quant à la station du REM, elle est dotée d’ascenseurs depuis sa construction. Un premier ascenseur relie les deux niveaux d’entrée (des côtés sud et est de l’édicule) avec le sous-sol de l’édicule, où se trouve l’accès à la station de métro. Ce niveau accueille également les cinq ascenseurs à haute vitesse qui descendent vers le niveau de la billetterie. De là, deux ascenseurs descendent vers les quais du REM. Le lien entre la station du métro et celle du REM est pourvu d’une rampe.
Historique et faits divers
Achalandage
1 240 081 départs en 2023 (avant l’ouverture du REM)
59e station en achalandage
Profondeur des quais
Station de métro : 16,6 mètres
29e station en profondeur
Station du REM : 72 mètres (station souterraine la plus profonde du Canada; voir Faits divers)
Longueur d’interstations
Vers Université-de-Montréal : 667,60 mètres
Vers Outremont : 1090,60 mètres
Origine du nom
Boulevard Édouard-Montpetit. Édouard Montpetit (1881-1954), un avocat et diplômé en sciences politiques et en sciences humaines, a fondé l’école des sciences sociales de l’Université de Montréal en 1920 et en a assumé la direction. Au cours de sa longue carrière, il a occupé de nombreuses fonctions importantes dans l’administration de l’Université; il a également été professeur pendant 44 ans. L’avenue Maplewood a été rebaptisée en son honneur en 1967.
Nom proposé durant la phase de planification : Vincent-D’Indy.2 Le nom actuel fut adopté à la demande de l’Université de Montréal.1
Édouard Montpetit
(Source7)
Faits divers
- À cause de la complexité du souterrain autour de la station, dont la présence d’aqueducs et du puits de ventilation du tunnel du Mont-Royal, la planification de la station a duré deux ans et demi. Entre autres, le plafond de la salle de contrôle a dû être conçu pour dissimuler la structure d’un pont supportant la chaussée du boulevard Édouard-Montpetit.1 Ainsi, la barrière médiane du boulevard, construite dans le cadre du chantier de la station, partage des détails stylistiques avec l’édicule de celle-ci.
Plan des prolongements projetés produit par le BTM en 1976, montrant la station sous le nom Vincent-D’Indy.
(Source8)
Esquisse architecturale des quais. À noter, les lampadaires cintrés sur le parapet du transept, enlevés depuis.
(Source2)
Maquette architecturale de la station avec les trois accès d’origine.
(Source9)
Maquette architecturale présentant le rez-de-chaussée, la salle de contrôle, les accès et l’escalier vers le transept.
(Source10)
- Cette station fut conçue à l’origine comme station-correspondance entre la ligne 5–bleue du métro et un éventuel métro de surface (la ligne 3) qui aurait remplacé le train de banlieue Deux-Montagnes sur la voie ferrée du CN. Ce plan a été pris en compte dans la conception de la station de métro,2 mais les coûts énormes projetés l’ont fait reléguer aux oubliettes. Ce projet a refait surface à plusieurs reprises avant qu’une version modifiée ne se concrétise dans le cadre du projet du Réseau express métropolitain (REM). Au niveau des quais, une section élargie de la nef située à l’est du transept témoigne de la connexion qui devait être construite à cet endroit pour relier les quais de la station directement avec la gare.1 Toutefois, cet élément n’a finalement pas été incorporé au projet du REM.
- L’Université de Montréal a hésité de vendre les terrains où la station devait être construite, par souci de ne pas déséquilibrer ses revenus et mettre ainsi en péril ses subventions. Elle a finalement conclu un accord avec le BTM selon lequel ce dernier l’a compensée en nature, en assumant la construction d’une connexion entre le CEPSUM et la station ainsi que d’une passerelle en surface entre les deux bâtiments du CEPSUM, le tout dans le cadre du même chantier et selon les plans du même architecte.1, 2 Cela explique la similarité du style architectural de la passerelle en question et des édicules originels de la station.
Rendu architectural présentant le raccordement entre la station de métro et d’une gare projetée au niveau du tunnel du Mont-Royal, reliée par un groupe d’ascenseurs à la zone contrôlée du niveau de la billetterie ainsi qu’à un accès direct aux quais du métro.
(Source11)
Zone en retrait de la voûte de la nef, prévue pour recevoir un raccordement direct entre les quais et les ascenseurs assurant la correspondance à une gare projetée au niveau du tunnel ferroviaire du Mont-Royal.
- Les plans à l’origine prévoyaient un accès souterrain entre le corridor menant à l’accès Marie-Victorin (démoli depuis) et le pavillon Marie-Victorin de l’université.2
- Lors des travaux de finition sur cette station, un aqueduc majeur fut percé; des flots d’eau y ont pénétré et noyé station et tunnel pour enfin s’écouler au point le plus bas de la ligne, entre les stations Acadie et Parc.
- Dans la continuité du thème inspiré par la Renaissance, la passerelle du transept était pourvue à l’origine d’un ensemble de lampes, créant un effet qui, selon l’architecte Patrice Gauthier, devait évoquer un « Pont des Soupirs ». 1 Celles-ci ont été retirées subséquemment.
- La nef de la station de métro est légèrement courbée.1
- À 72 mètres sous la surface, la station du REM est la station souterraine la plus profonde du Canada et la deuxième en profondeur en Amérique du Nord,12 après la station Washington Park du système léger sur rails de Portland (Oregon).
Perspective le long du couloir entre la billetterie et l’édicule Marie-Victorin, démoli depuis. On note le carrelage distinctif du passage surélevé. Le plafond aux caissons circulaires a été retenu dans le lien vers la station du REM.
Vues de la station avant l’implantation d’ascenseurs :
Adresse des accès
|
Station de métro : A Accès Édouard-Montpetit : 2040, boulevard Édouard-Montpetit, angle avenue Vincent-D’Indy |
Station du REM :
Arrondissement d’Outremont
80, avenue Vincent-D’Indy, angle boulevard Édouard-Montpetit
Ville souterraineAttractions avoisinantes |
Dernière mise à jour : 7 Sep 2026
Références
- Gauthier, Patrice. Présentation durant une visite guidée des stations de la ligne bleue, le 29 septembre 2017. ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩
- Patrice Gauthier, architecte. La station Vincent-D'Indy (document de présentation au Bureau de transport métropolitain). Février 1983. Archives de la Ville de Montréal, dossier CA M001 XCD001-D19, cote 1D-06-01-13F. ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩
- Bordeleau, Stéphane. (2026, 14 janvier.) Des files d’attente font pester les usagers du REM à la station Édouard-Montpetit. Radio-Canada. ↩
- CDPQ Infra. (2024, 29 juillet). Les thèmes de couleurs du REM. REM.info. ↩
- CDPQ Infra. (2020, 29 octobre). À quoi ressembleront les stations aériennes du REM? Découvrez-le à travers une vidéo 3D de la future station Fairview-Pointe-Claire. REM.info. Voir La céramique, image 2. ↩
- STM. Procès-verbal de la réunion du conseil d’administration, le 10 décembre 2025. Pp. 9-10. ↩
- Albert Dumas. Portrait d’Édouard Montpetit. 1927. Photographie. Archives de l’Université de Montréal. Source : Wikimedia Commons. ↩
- Source de l’image : Gaston, J. (1976.) Le métro de Montréal. Montréal : Bureau de transport métropolitain. ↩
- © Archives de la STM. ↩
- Collection de Patrice Gauthier, architecte. ↩
- Source : Image fournie par Marc Lusignan, apparemment tiré de Gauthier, La station Vincent-D’Indy (op.cit.), mais non trouvée dans la copie consultée par l’auteur dans les archives de Montréal. ↩
- Stang, Ron. (2021, 6 août.) A deep dive into North America’s second deepest subway station. Daily Commercial News. ↩
Université-de-Montréal


























































































