Marcelle Ferron

Vitrail de Marcelle Ferron, station Champ-de-Mars, vue panoramique

Vitrail de Marcelle Ferron, station Champ-de-Mars

Vitrail de Marcelle Ferron, station Champ-de-Mars

Vitrail de Marcelle Ferron, station Champ-de-Mars

Vitrail de Marcelle Ferron, station Champ-de-Mars

Vitrail, 1966
Vitrail antique
Longueur linéaire 60 m × hauteur maximale 9 m
Superficie 198 m²
Emplacement : Station de métro Champ-de-Mars, édicule

Vitrail de Marcelle Ferron, station Champ-de-Mars

Cette oeuvre sublime à laquelle certaines sources attribuent le titre Les grandes formes qui dansent, n'est non seulement l'une des plus belles oeuvres d'art dans le métro, mais aussi le chef-d'oeuvre de cette artiste québécoise proéminente.

Le vitrail multicolore occupe les trois baies vitrées du grand édicule/mezzanine de la station, dont l'angle permet de mieux recevoir le soleil. La verre aux tons vives jette des flaques de lumière de couleurs féériques partout dans l'édicule et sur les quais. Vitrail de Marcelle Ferron, station Champ-de-Mars

Or, ces figures sereines dissimulent une histoire de guerre artistique. Marcelle Ferron avait rencontré Daniel Johnson père, premier ministre du Québec, auquel elle esprima son intérêt de « faire des stations de métro des oeuvres d'art » (Ferron 216). Elle fut contacté par la suite par Lucien Saulnier, le lieutenant du maire Jean Drapeau, qui le prometta l'opportunitél de donner « une âme à la station Champ-de-Mars. Celle-ci était laide et lugubre, et les gens évitaient de passer par là. Elle inspirait tellement le dégoût que des jeunes l'avaient saccagée au cours d'une manifestation » (ibid., 217).

Afin d'entériner le contrat, elle devait rencontrer « un haut fonctionnaire de la Ville » (ibid., 218) (dans son livre L'esquisse d'une mémoire, elle implique fortement que ç'agit de Robert La Palme, directeur artistique du métro.) Ce fonctionnaire lui dit d'abord qu'au lieu de son projet abstrait, elle devrait faire le portrait de Louis-Joseph Papineau (voir Les Patriotes de 1837-1838 de Cartier et Juhasz), en accordance avec le thème d'instruction d'histoire présent ailleurs dans le métro. Il lui demanda aussi un paiement de 8 000 $ avant la signature du contrat.

Elle refusa carrément les deux demandes, et appela Lucien Saulnier, qui confirma sa main libre à créer son projet. « Ces propos rassurants m'ont tellement inspiré[s] que je me suis assise à ma table de travail et j'ai dessiné toutes les verrières du métro en une heure » (ibid., 219).

Toutefois, ses batailles avec le fonctionnaire se poursuivaient jusqu'à la crise. En désespoir, elle dénonça la situation dans une entrevue à la radio. Le maire Drapeau, qui entrait en période électoral, résolut la situation rapidement en faveur de l'artiste, et muta le fonctionnaire dans un différent département.

Mme Ferron s'entenda avec Superseal, une entreprise de Saint-Hyacinthe, pour la production des verrières; les panneaux de verre antique furent fabriqués à Saint-Gobain, France, un ancien centre de l'industrie verrière. Les techniques locales médiévales de souffle à bouche produisaient de la verre de couleurs intenses impossibles en usine. Ces feuilles de verre furent par la suite scellées sous vide dans des panneaux de verre plate, une technique innovatrice.

Ses collaborations initiales avec les travailleurs de Superseal souffraient de sexisme; mais elle se fit aimée en suivant ses croyances politiques en les appuyant durant une grève, bien que ceci risquait de retarder son projet. Roch Choquette était le chef de son équipe de projet; le directeur de Superseal après la grève, Aurèle Johnson, devint un ami à vie de Mme Ferron. L'oeuvre fut aménagée et dédiée en 1968, un don de la valeur de 48 000 $ du gouvernement du Québec.

Malheureusement, l'oeuvre devint de plus en plus endommagée au fil des trente années suivantes. Elle était dans un état lamentable en 1999, quand Aurèle Johnson dirigea sa restauration complète avec des nouvelles techniques pour la sceller et la protéger. Ce projet, entrepris dans le cadre du programme Réno-Métro, valut le Prix Orange d'Héritage Montréal pour la STCUM. L'oeuvre a enfin retrouvé sa splendeur d'hier.

J'étais dégoûtée de la peinture. Bon nombre de collectionneurs achetaient des tableaux pour les enfermer dans des voûtes de banques. Les verrières m'ont permis de faire de l'art public.... Un jour, une femme m'a abordée dans la rue pour me parler de la station de métro Champ-de-Mars. « Qu'il fasse beau, qu'il pleuve ou qu'il neige, j'adore vos verrières du Champ-de-Mars. Ces grandes formes qui dancent me font chaud au coeur. » Cette femme n'étaient ni une collectionneuse ni une critique d'art, mais elle avait compris le sens que j'avais voulu donner à cette oeuvre. (ibid., 222)

Bibliography:

Ferron, Marcelle, et Michel Brûlé. L'esquisse d'une mémoire. Montréal: Les Intouchables, 1996, pp. 217-222.